Hervé PILLAUD | VENDÉE : UN TERRITOIRE PARTAGÉ
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VENDÉE : UN TERRITOIRE PARTAGÉ

VENDÉE : UN TERRITOIRE PARTAGÉ

L’état d’esprit sur lequel s’est construit la Vendée telle qu’elle est aujourd’hui est atypique, il tient inconsciemment de la fabrique de biens communs. Les communs ne tiennent pas tant dans la ressource que dans la capacité à mettre en œuvre des valeurs communes. Si c’était ça le secret de la réussite de la Vendée ?

 Du tréfonds de l’histoire et du chaos naîtront les communs !

Pour comprendre pourquoi ce pays, dont je suis, est diffèrent de tous autres, il faut remonter à des temps anciens, d’avant la Révolution. Sous l’ancien régime, avant 1789, plus que dans bien des contrées, une proximité existait dans notre bocage entre le peuple et ses élites. Les nobles d’ici fréquenteront peu Versailles, et la Vendée d’avant la Vendée est le théâtre d’une vie simple et paisible orchestrée par des codes dans lesquels chacun se retrouve.

Ce n’est pas l’attachement à la religion plus qu’ailleurs qui déclenchera le soulèvement de 1793 mais la conscription des hommes en âge de se battre pour la République. Quand la nation, nouvellement créée oblige les paysans à abandonner leurs champs et leurs bétails pour aller défendre ses frontières, ils ne comprennent pas. Ils pensent même que les valeurs qui animent cette nation qui est si loin d’eux vont à l’encontre de celles qui sont les leurs. Dans ces conditions, s’ils doivent se battre, autant le faire pour défendre leurs propres convictions. La Vendée va se soulever, s’embraser, mais la Vendée va perdre dans le sang et les larmes. Elle mettra un siècle et demi à s’en remettre tant on lui fera payer sa félonie. Elle restera longtemps repliée sur elle-même et payera un lourd tribut humain à chacune des guerres de 1870 à 1914, comme si une dette de sang était nécessaire à son intégration à la nation.

La nécessité d’agir ensemble.

Une solidarité clanique va poindre de cette situation, faisant naître un pays et structurant sa construction sociale sur la collaboration, dans un siècle où partout ailleurs l’industrialisation va exacerber l’individualisme et le clivage de classes. Mis à l’écart du développement industriel du 19ème siècle, les Vendéens sans le savoir, ont mis en place des communs qui permettront les développements économiques futurs. Il n’y a pas de miracle vendéen, simplement un besoin de se surpasser ensemble, pour une réussite commune. Des années difficiles, la Vendée a gardé sa mémoire et a su rester fidèle aux valeurs humanistes de l’église sur lesquelles elle s’est construite. Il en naîtra un trait commun : la volonté, le sentiment d’appartenance à un territoire meurtri qu’il faut faire prospérer. Il en naîtra une mobilisation pour se lancer dans l’aventure de l’entreprise, dans un contexte favorable. C’est l’engagement qui emmènera toute une population vers le haut en offrant à chacun la possibilité de rester au pays où il fait bon vivre. Comme le dit récemment Olivier Mazerolle : « En Vendée, tout le monde sait qu’il faut bosser ! ». Volonté, solidarité, mobilisation, engagement, collaboration, appartenance, c’est sur ces valeurs que la Vendée créera ses communs qui ont construit sa réussite, produisant du bien sans qu’il n’y ait de plan.

Les petits instants de la vie qui font les communs.

Nous n’avons pas en Vendée de grande agglomération mais un puzzle de villages et de villes moyennes où tout le monde se connaît. Paysans, ouvriers, patrons, nous sommes allés dans les mêmes écoles. Ici elles sont majoritairement privées et associatives, ce n’est pas un hasard. Ce n’est ni ostentatoire ni prosélytique, mais plutôt le fruit de l’Histoire. C’est malgré tout probablement le sceau de ce qui fait la différence et qui crée le lien. De l’école au club de foot ou de théâtre, la vie associative est dans les gènes. Dans chaque maison, chacun sait pouvoir être accueilli par l’autre sans besoin d’être invité. Ici patron, artisan, ouvrier, paysan ont un point commun, au cœur de sa maison chacun a sa cave, lieu de réception informel où l’on partage le vin et où s’esquisse l’envie de faire ensemble. Chaque jour, dans nos villages et nos villes, les joies et les peines sont partagées. Il n’est pas un enterrement sans que le pays tout entier ne soit mobilisé pour partager la peine. Il n’est pas un mariage où la commune toute entière ne sera invitée à partager le vin et la brioche entre la messe et le repas de noce. De la cave aux enterrements, les fabriques de biens commun sont partout. Sans que nous le sachions nous-mêmes que ce sont eux qui posent les bases d’une construction différente. C’est au-delà des limites individuelles dans ces instants de la vie que se construisent les éléments qui font les communs.      

Les usines à la campagne, fabriquées sur les communs.

La vie des PME locales est rythmée par des pendules qui ne sont pas celles d’une économie globale uniformisée par des fonds souverains et une mondialisation sans âme. Les chefs d’entreprises vendéens n’ont de compte à rendre qu’à eux-mêmes, à leurs salariés et à leur pays. L’intérêt du voisin paysan, à qui il va falloir prendre quelques hectares, a plus d’importance pour eux que celui d’un hypothétique fonds de pension ou boursicoteur avides de profits faciles. L’agriculture s’y développe sur la culture du groupe, des GAEC aux CUMA l’agriculture ne peut être pensée individuellement. Ici, il ne s’agit pas seulement de s’entendre, il faut porter ensemble des enjeux façonnant la ruralité heureuse. Tout n’est pas facile pour autant et l’équilibre devient fragile quand la réussite installe des zones de confiance. Il y a fatalement opposition des intérêts de chacun, mais il y a un enjeu de rapport à la raison : la plus belle PME du pays deviendra fragile si elle se détache de la réussite commune, la plus grande exploitation agricole de la commune ne réussira rien sans son voisinage ; pour le moment chacun le sait, chacun le craint. Le commun se fabrique chaque jour au cœur de ce pays parce qu’il est un tout social, économique et démocratique sans lequel le risque de retomber dans les abîmes des laissés-pour-compte est réel. L’enracinement ici est dynamique, c’est le lieu qui fait lien, qui produit du commun et porte ainsi en lui les plus belles réussites.

Les communs porteurs de sublimation partagée.

C’est sur ce terreau fertile que le poète a pu poser sa plume historico-fabuleuse pour décrire d’un coup de pinceau agile le quotidien de simples gens devenus héros malgré eux. Dans la chaleur de l’été quand la nuit tombe sur le bocage, ce sont ces mêmes gens qui subliment cette terre de géants et de genêts en fleurs. De ce socle commun, sans que ce ne soit un but, ils ont fait du Puy du Fou le plus grand parc d’attraction au monde.

C’est aussi de cette terre, du port des Sables-d’Olonne, que partent tous les quatre ans, seuls sur leurs bateaux, les skippers en quête d’aventure et d’exploit. Des organisateurs vendéens aux aventuriers des mers, le bien commun devient contagieux. Pour aller tutoyer les grands albatros dans les mers du sud avant de revenir au port sans faire escale et sans assistance, la volonté ne suffit pas, il faut se sentir porté. C’est ce qu’offrent les Vendéens aux skippers, ils sont présents à l’arrivée de chaque bateau. Du premier au dernier, ils sont là, simplement, comme on vient accueillir un ami qui revient au port.

A quelques dizaines de kilomètres des Sables-d’Olonne, aux Herbiers épicentre de ce Pays, là où le courage et l’ingéniosité s’accomplissent en l’homme, comme la marche et la respiration, le plein emploi rivalise avec la volonté d’entreprendre. C’est ici qu’évoluent les petits gars du Vendée Herbiers Football. Sortis d’on ne sait où, ils vont affronter l’Everest du football français. Ils sont portés par tout un pays qui sait que quoi qu’il arrive, ce n’est qu’ensemble que l’on peut tutoyer l’exploit.

 Alors au fur et à mesure que mes doigts s’agitent sur le clavier pour y poser ces quelques mots, je me dis que j’ai de la chance, qu’il me faut remercier Dieu de m’avoir fait naître à l’endroit où sont portés ces communs qui inconsciemment m’ont construit.

 

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