Hervé PILLAUD | Thank you sir Timothy
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Thank you sir Timothy

Thank you sir Timothy

Le 13 mars 1989 marque un tournant dans l’histoire de l’humanité ! Ce jour-là, un jeune ingénieur du CERN à Genève, Tim Berner Lee révèle le World Wide Web, le système qui va révolutionner la communication entre les hommes faisant du monde un village planétaire. 

Le web est une des trois inventions qui, en une trentaine d’année, au passage du millénaire auront fait basculer le cours de l’humanité. C’est tout d’abord l’invention du premier ordinateur personnel par Steve Wozniak et Steve Jobs, ils n’inventent pas l’ordinateur mais le rendent accessible à tout un chacun. C’est la légende du garage de Cupertino ou le 29 juillet 1976 un jeune ingénieur (Steve Wozniak) sous le regard attentif de son complice (Steve Jobs) appuie sur la touche d’un clavier et voit la lettre s’afficher sur l’écran devant lui. Il venait de concevoir l’Apple 1. L’informatique devenait accessible à tous. Quelques années plus tard, tout frais sorti d’Oxford un jeune ingénieur britannique imagine le partage de documents en associant deux technologies assez confidentielles : le lien hypertexte et internet. Il ouvre ainsi une nouvelle façon de communiquer, le World Wide Web est né. Tout comme dans le garage de Cupertino, ce n’est pas l’affaire d’un seul homme, Robert Cailliau, ingénieur belge entouré d’une équipe du CERN permettront la mise au point du web. La collaboration à l’échelle de la planète est désormais possible. Une petite vingtaine d’années plus tard, en 2009 une autre technologie prometteuse pas encore véritablement stabilisée à ce jour promet de dématérialiser la confiance, c’est la technologie de la blockchain.

Le changement majeur inculqué par ces technologies n’est pas technique, il est philosophique. La collaboration est repensée, la transparence devient une valeur et la confiance partagée un principe. Le web possède une position centrale dans cette évolution, sa force n’est pas dans la technique qui permet de véhiculer des informations à une vitesse vertigineuse d’un bout à l’autre de la planète mais dans l’idée de garantir l’égalité de traitement de tous les flux de données sur internet. L’intelligence et la capacité de discernement n’est pas dans le flux mais à chaque extrémité du tuyau. Toute information doit pouvoir être véhiculée en excluant toute discrimination positive ou négative à l’égard de la source, de la destination ou du contenu de l’information transmise sur le réseau. C’est le principe de la neutralité du net. Sans ce principe fort et engageant, il y a fort à penser qu’internet serait resté une technologie élitiste permettant à des élites scientifiques ou militaire de véhiculer des données extrêmement rapidement, tout comme sans l’invention de l’Apple 1 les ordinateurs seraient restés dans les mains d’ingénieurs éclairés.

Comme à chaque fois, l’invention du web et sa neutralité a ses dérives. Il permet aux pires horreurs d’être véhiculées, de fausses informations circulent, de puissantes compagnies se sont développées en quelques années tentant d’imposer leurs propres règles en créant des barrières à leurs concurrents. Tim Berners-Lee ne retrouve plus son enfant. Le virage d’internet vers ce qu’il nomme le trinet au profit de Google, Facebook et Amazon est -il irrémédiable ? Personnellement je ne crois pas. Grâce au principe de neutralité, une formidable vague d’intelligence collective comme l’humanité n’en a probablement jamais connue est née, elle ne s’arrêtera pas. Le risque de concentration de l’intelligence est réel, après la vague de développement collaboratif partagé, il est possible (et même certain) que nous assistions à une tentative d’accaparement de l’innovation, de remise en cause de la neutralité du net mais ce sera un frein énorme à l’innovation et l’équilibre se rétablira. Un bouleversement de l’humanité tel que l’a initié le web ne peut se faire sans soubresauts. C’est dans l’homme et dans sa capacité à assimiler les changements que se trouve la solution.

Tim Berners-Lee dans une lettre ouverte publiée hier en appelle à la prise en compte du bien commun que constitue le World Wide Web. « L’avenir du web ne concerne pas seulement ceux d’entre nous qui sont en ligne aujourd’hui, mais aussi ceux qui doivent encore se connecter » dit-il. Chaque révolution voit la mise en place de codes permettant sa stabilisation. C’est ainsi que la révolution française a engendré le code civil et la révolution industrielle le code du travail ; la révolution du web devra générer ses propres codes, la difficulté réside dans le fait qu’elle devra le faire à l’échelle de la planète. En attendant merci monsieur Timothy pour ce que vous laissez de façon indélébile à l’humanité.

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