Hervé PILLAUD | « Le laboureur et ses enfants » : Faut-il revisiter La Fontaine ?
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« Le laboureur et ses enfants » : Faut-il revisiter La Fontaine ?

« Le laboureur et ses enfants » : Faut-il revisiter La Fontaine ?

Le poète nous dit :

« Travaillez, prenez de la peine :

C’est le fond qui manque le moins. »

C’est le message du riche laboureur à ses enfant, réunis une dernière fois aux confins de sa vie. Il s’apprête à leur céder son bien, cet héritage est celui de ses champs, qu’il tient de ses parents. Il s’apprête à leur léguer, leur disant qu’il leur faudra les garder, les faire fructifier pour les confier à leur tour à leurs propres enfants.

Gardez-vous, leur dit-il, de vendre l’héritage
Que nous ont laissé nos parents.
Un trésor est caché dedans.
Je ne sais pas l’endroit ; mais un peu de courage
Vous le fera trouver, vous en viendrez à bout.

Quel est ce trésor ? Il se garde bien de leur dire, il leur faudra découvrir. Il est fait de travail, de d’abnégation, d’humilité.

Pour le trouver ; il existe ! ils ne devront jamais ménager leur peine.

Je ne sais pas l’endroit ; mais un peu de courage
Vous le fera trouver, vous en viendrez à bout.
Remuez votre champ dès qu’on aura fait l’Oût.
Creusez, fouiller, bêchez ; ne laissez nulle place
Où la main ne passe et repasse.

Une question se doit d’être posée, est-il nécessaire de retourner la terre pour trouver le trésor ?

A l’aube d’une ère que l’on veut nouvelle, on nous dit que bécher il ne faut point, labourer encore moins. Les fondamentaux qui ont façonné nos civilisations doivent-ils être revus ? Retourner la terre c’est fabriquer du désert et détruire la vie nous dit-on ! Aurions-nous détruit le trésor à trop vouloir le trouver ? Il n’est de trésor que la vie, façonnée par les éléments, tantôt généreuse tantôt rebelle. Cette terre qui nous supporte depuis tant et tant d’années de générations en générations n’est pas un jardin d’Éden ou il nous suffirait de cueillir ; il nous faut l’aider pour en mériter notre part.

Notre père mort, chacun de nous n’aura d’apprendre que par son propre travail. Il nous faut continuer à fouiller au cœur de cette terre qu’il nous faut accompagner pour quelle nous autorise à vivre :

Deçà, delà, partout ; si bien qu’au bout de l’an
Il en rapporta davantage.
D’argent, point de caché. Mais le père fut sage
De leur montrer avant sa mort
Que le travail est un trésor.

 

Ou sont-ils allés chercher le trésor, les enfants du laboureur ?

La terre a été abandonnée, ils ont préféré la ville et ses chimères.

Ces enfants égarés d’une terre abandonnée s’étonnent aujourd’hui de ce qu’elle est devenue.

Ils la redécouvrent, se font une opinion qui se veut être vrai, se disent décidés à remuer ciel et terre pour lui redonner ses vertus.

Belle attitude qui ne saurait oublier ceux qui sont restés à la terre, la faisant fructifier de leur mieux, mettant tant d’ardeur au travail pour faire sortir le trésor qu’ils ne voyaient pas celui-ci leur filer entre les mains.

Le trésor s’est enfuit, dilapidé, gaspillé, tout est à refaire. Une nouvelle terre est à retourner, polluée de certitudes, de profits immédiats et d’égoïsmes. Les fils de cette terre ne devront pas ménager leur peine pour y retrouver un trésor qui pourtant y est toujours enfouis.

Alors doit-on revisiter le poète ?

Fichtre non, il nous avait tout dit !

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