Hervé PILLAUD | « L’AGRICULTURE : UNE NOUVELLE FRONTIÈRE POUR LA POLITIQUE SPATIALE EUROPÉENNE »
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« L’AGRICULTURE : UNE NOUVELLE FRONTIÈRE POUR LA POLITIQUE SPATIALE EUROPÉENNE »

« L’AGRICULTURE : UNE NOUVELLE FRONTIÈRE POUR LA POLITIQUE SPATIALE EUROPÉENNE »

Alimentation, énergie, climat, sont les trois défis que devra relever l’agriculture du 21ème siècle. Les données et les services dérivés des systèmes spatiaux offrent des solutions crédibles pour répondre aux nouveaux besoins du secteur agricole.  

L’espace au service de l’agriculture

J’ai été invité à intervenir le 6 mars dernier lors d’un colloque qui s’est tenu au Parlement européen à Bruxelles à l’initiative d’Eurospace et du député européen Eric Andrieu. Je suis intervenu en compagnie de Pierre Delsaux, directeur général adjoint de la DG GROW, de Maurice Borgeaud directeur du Département des technologies du futur de l’ESA, de Gérard Dedieu chercheur du CESBio au CNES et de David Hello CEO de la startup toulousaine TerraNIS spécialisée dans la conception et la commercialisation de services de géo-information dans les domaine de l’agriculture et de l’environnement. Le colloque était modéré par Lucas Buthion chef de bureau d’Eurospace à Bruxelles. L’agriculture est assez méconnue des services spatiaux, c’est néanmoins l’un des secteurs les plus prometteurs en terme d’usage des données spatiales. La révision de la PAC après 2020 offre l’opportunité de libérer le plein potentiel des services et technologies spatiales pour répondre aux futurs objectifs de la PAC en termes de modernisation, simplification, suivi, etc. tout en maximisant l’impact socio-économique et environnemental. Les données spatiales peuvent contribuer à la définition de politiques nouvelles fondées sur de nouveaux moyens.

Vers une nouvelle politique agricole commune

La révision de la PAC après 2020 s’inscrit dans un nouveau cycle trentenaire comme le fut celle de 1992 marquant un changement fondamental avec la politique définie en 1962. Nous sommes alors passés d’une PAC axée sur le développement permettant de remédier à la dépendance alimentaire, à une politique de limitation des surproductions et axée sur le développement rural. Nous entrons désormais dans une période nouvelle qui devra répondre à de nouveaux défis, qui seront ceux du 21ème siècle : nourrir 10 milliards d’humains, substituer les énergies renouvelables aux énergies fossiles et améliorer les impacts des activités humaines sur le climat. L’agriculture peut jouer un rôle essentiel et ces défis sont autant d’opportunités pour les agriculteurs européens. Les évolutions de la PAC depuis son origine, particulièrement depuis 1992 ont été fondées sur une réglementation régissant les moyens. La réussite des nouveaux objectifs devra se baser sur un new deal fondé sur une obligation de résultats. La créativité doit prendre le pas sur les procédures. Dans la « boîte à outils » qui est à notre disposition, les données et les services dérivés des systèmes spatiaux offrent des solutions crédibles pour répondre aux besoins futurs des agriculteurs. C’est le sens dans lequel j’ai orienté mon intervention en insistant sur trois points : l’expertise, la prévision, la gestion des risques. Il est essentiel de renforcer la capacité de numérisation de l’expertise par la mise en place d’outils fondés sur l’intelligence artificielle, les données issues des services spatiaux peuvent y contribuer. Nos besoins ne s’arrêtent pas là : les données spatiales peuvent également aider à la prévision de rendements, à la stabilisation des marchés et à la mise en place de stratégies de production. Elles pourront contribuer à l’évaluation de l’impact environnemental et donc à la définition de stratégies vertueuses génératrices de profits. Elles seront nécessaires à l’évaluation des risques, à la mesure des impacts des aléas climatiques et environnementaux et par ce fait à l’octroi de compensations financières.

Galileo et Copernicus : des services d’ores et déjà disponibles.

Galileo et Copernicus sont opérationnels et peuvent déjà fournir des services de très haute qualité. Il a été souligné lors du colloque que les données et les informations fournies par ces programmes sont gratuits, transparents et accessibles à tous. Galileo est un système de positionnement par satellite développé par l’Union Européenne. La précision attendue est sans égal. Copernicus est un programme européen de surveillance de la Terre. Ils représentent ensemble une vraie opportunité pour le déploiement de nouvelles stratégies.

Pierre Delsaux dans son intervention a mis l’accent sur les synergies entre l’espace et l’agriculture. Il a indiqué que, si le potentiel des solutions spatiales n’a pas encore été pleinement exploité, l’espace offre déjà des services de très haute qualité au secteur agricole.

EGNOS (Service Complémentaire Européen de Navigation par Satellites Géostationnaires) et Galileo fournissent déjà des améliorations de la précision : pour la navigation des tracteurs, pour localiser le bétail et mesurer les surfaces. Les données Copernicus fournissent des informations essentielles sur l’état des cultures et au secteur forestier.

P. Delsaux a également rappelé que l’espace n’est pas la seule source d’information disponible pour les agriculteurs puisque des systèmes hybrides combinant les données spatiales à des données de différentes sources (drones, informatique, etc.) peuvent également être utilisés. Les programmes Galileo et Copernicus vont rapidement offrir de nouvelles possibilités. En ce qui concerne Galileo, la Commission européenne a convenu avec les États membres le passage à 20 cm de la précision de mesure pour le début 2019. Pour Copernicus : DIAS sera mis en place pour l’été 2018 pour répondre à la quantité massive de données et d’informations collectées. En outre, la Commission européenne prévoit d’étendre le programme pour aborder les problèmes liés au changement climatique après 2020.

Des applications concrètes

L’imagerie satellite peut faciliter le contrôle de l’information rapportée par les agriculteurs dans le cadre de la PAC en intégrant des données combinées de Galileo et Copernicus dans les équipements agricoles pour obtenir de meilleures performances techniques, économiques et environnementales. Dans son intervention, Maurice Borgeaud a présenté quelques services que l’ESA offre en Europe et dans le monde entier, tels que le suivi des cultures en Ukraine ou l’évaluation de la croissance du riz au Viêt Nam. Gérard Dedieu a pour sa part identifié les défis liés à la quantité accrue de données et informations collectées par les satellites. Comment identifier le propriétaire des données et quels types de droits de propriété sont liés aux données. Quelle est la disponibilité des données à long terme ? Quelles sont les agrégations possibles des données spatiales, des données météorologiques avec les données des drones et des agriculteurs ? Comment les données pré-traitées peuvent être utilisées pour la prestation de services ? David Hello a présenté Pixagri services qu’il offre aux agriculteurs, et Œnoview pour les viticulteurs, basés l’un et l’autre sur l’imagerie satellite. TerraNIS acquiert des images de diverses sources, les traite et déduit la situation sur le terrain. Il peut ainsi fournir des services de prise de décision aux agriculteurs et vignerons. La Commission a la volonté de favoriser de tels services au niveau européen, il en va de notre indépendance de décision. Elle prévoit de permettre l’utilisation de toutes les ressources disponibles pour permettre aux PME de développer de nouveaux services.

Le new deal agricole au cœur des stratégies spatiales pour l’Europe

L’agriculture est un secteur pivot pour aborder les défis mondiaux. Elle est à l’épicentre des grandes problématiques de demain. Le développement de nos capacités à nourrir la planète, à contribuer à la transition énergétique et à atténuer l’impact de l’homme sur le climat seraa demain essentiel. Les données issues de l’espace représentent un potentiel important pour nous accompagner dans les changements devenus inéluctables. Il est nécessaire d’identifier les obstacles à l’utilisation des services de l’espace à l’agriculture, d’orienter les réglementations futures pour permettre une contribution positive des données spatiales aux nouveaux défis agricoles, de favoriser l’innovation et de provoquer les rencontres à l’occasion d’évènements dédiés, spatiaux et agricoles. La prise en compte de l’agriculture dans les politiques spatiales ne fera pas tout, mais elle fait partie de la solution. C’est demain, les pieds dans la terre et un peu la tête dans les étoiles que pourra se construire notre avenir.

Retrouvez les actes du colloques ICI 

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