Hervé PILLAUD | En 2018, devenez des vendangeurs d’avenir !
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En 2018, devenez des vendangeurs d’avenir !

En 2018, devenez des vendangeurs d’avenir !

Vendanger, c’est préparer l’avenir, c’est prendre le fruit avant qu’il ne pourrisse et souhaiter en faire un élixir plein de promesses. Vendanger l’avenir, c’est cueillir des fruits qui nous permettront d’envisager un avenir meilleur. Etre vendangeur d’avenir c’est vouloir créer un produit nouveau. L’agriculture, a besoin de vendangeurs d’avenir !

 

L’agriculture, en France a vécu en un siècle de profondes mutations, elles sont en partie le fruit d’une évolution accélérée de la société. Nous sommes aujourd’hui à la croisée des chemins, l’agriculture a du mal à trouver un équilibre entre industrialisation et maintien d’une activité à taille humaine avec des agriculteurs responsables de leur entreprise et de leurs décisions.

L’évolution de nos sociétés nous a conduits en un siècle à passer de 70% de la population produisant sa propre nourriture, à guère plus de 1%. La révolution verte a transformé une activité vivrière en véritable secteur économique à part entière. Au fil du temps, l’alimentation est devenue un produit de consommation courante, la population s’est détachée des conditions dans lesquelles cette nourriture se produit.

Le passage du millénaire marque une évolution considérable sur ce sujet, le consommateur citoyen devient de plus en plus sensible à sa nourriture et à son environnement sans pour autant toujours avoir les éléments objectifs de jugement. Cette situation inédite dans l’histoire de l’humanité, désormais majoritairement urbanisée, crée des incompréhensions, voire même des conflits qui finiraient par devenir dangereux pour tout le monde. Entre un monde paysan précarisé par la banalisation de sa production et des consommateurs plus ou moins manipulés, il y a un new deal à créer pour faire de l’aliment un créateur de liens. L’avalanche de technologies qui s’offre à nous doit nous permettre de penser les choses autrement, si tant est que nous soyons capables de poser l’Homme au cœur de nos préoccupations. Ce sont autant de grappes d’avenir à cueillir pour préparer demain. Nous devons devenir des vendangeurs de ces technologies pour les mettre au service du bien commun.

Pourquoi 2018 doit devenir un grand cru ?      

 

Etablir un contrat de confiance entre le producteur et le consommateur.

Le premier point sur lequel il est urgent de travailler est la prise de conscience de la valeur de notre assiette et il y a trois champs sur lesquels nous devons travailler en priorité : le gaspillage alimentaire, la traçabilité et la communication entre les producteurs et les consommateurs.

Au moment où le nombre de bouches à nourrir augmente de façon exponentielle dans le monde, plus aucun gaspillage ne doit être toléré. Il existe déjà des applications comme Une Fourmii Verte ou To Good To Go pour nous aider à gérer nos frigos. Promouvoir leur utilisation peut devenir un argument de vente responsable pour des producteurs engagés dans la commercialisation de leurs produits.

La traçabilité de notre alimentation doit être totale et assurer la transparence du produit sans générer de coûts supplémentaires. Nous devons mettre, la blockchain au service de la traçabilité alimentaire, c’est ce que permettent des plateformes comme Connecting Food.

La communication doit s’établir directement entre celui qui produit et celui qui consomme. L’aliment doit pouvoir raconter son histoire à celui qui le consomme. Qui mieux que le producteur pour écrire cette histoire ? Smartbot et storytelling doivent devenir des usages courants pour des producteurs soucieux de la promotion de leurs produits. Personne ne doit le faire à notre place.

C’est donc un véritable contrat de confiance qui doit être établi entre le producteur et le consommateur au-delà des marques, des labels ou autres signes de qualité. Nous devons penser cette relation par le numérique. Blockchain, application pour smartphone, plateformes informatiques, storytelling, smartbot, sont autant de grappes à vendanger. Producteurs et consommateurs doivent devenir vendangeurs de ces technologies. De belles initiatives comme C’est qui le patron l’ont compris.

 

Besoin des producteurs de se réapproprier la recherche, le développement et l’innovation dans leur entreprise.

Au fil du temps, l’agriculture est devenue dépendante à la fois de firmes et des états. Le regroupement des fournisseurs et des clients du monde agricole en de puissantes holdings, face au puzzle territorial que représente l’agriculture, influence sensiblement le management des entreprises agricoles allant parfois jusqu’à annihiler plus ou moins la capacité de décision des agriculteurs. L’avalanche de réglementations et d’accords que ce soit au niveau national, européen et même international, non seulement n’apporte pas les solutions au problème, mais le plus souvent amplifie le phénomène par la charge administrative improductive qu’elle génère.

Des solutions existent pour accompagner les agriculteurs dans leurs décisions et leurs tâches astreignantes. D’Ekylibre à Mes P@rcelles et bien d’autres, nous avons des outils performants pour nous accompagner. Du robot de traite aux drones qui scannent les champs de céréales, le progrès est déjà très présent mais nous ne sommes qu’au début de ce qu’il sera possible de mettre en œuvre.

Les agriculteurs et leurs OPA : Organisations Professionnelles Agricoles, coopératives, syndicats… doivent s’impliquer auprès des startups qui foisonnent partout de par le monde. Nous devons nous impliquer, répondre à un triple besoin : créer des partenariats qui restent à inventer entre startups et organisations professionnelles, être des accélérateurs de projets en ouvrant nos fermes et nos OPA… Nous devons développer les structures capables de répondre aux levées de fonds nécessaires au développement de ces jeunes pousses. Une nouvelle forme de coopération reste à inventer, associant les intérêts des startups et des utilisateurs potentiels. Elle débouchera sur une nouvelle intensification des productions de plus en plus utilisatrice de connaissances et de moins en moins d’intrants. C’est un nouvel élixir fait de graines d’avenirs que nous devons commencer à vendanger ensemble.

 

Nécessité de faire de l’agriculture une solution pour le climat.

Les émissions de carbone et leur impact sur le climat sont une des préoccupations majeures de ce début de siècle. L’agriculture est souvent décriée comme étant un problème en la matière alors qu’elle doit en être une solution. La photosynthèse est une des possibilités les plus intéressantes pour capter le carbone, c’est en tout cas une des plus naturelles. L’agriculture a vocation à mettre en œuvre les éléments favorables à cette captation de carbone par des techniques culturales adaptées et l’intensification de la production de végétaux. Ce qui peut être considéré comme un problème devient une solution capable de compenser les émissions de carbone de l’industrie, des services ou des cités. Nous pourrons ainsi prendre des positions intéressantes dans le marché du carbone qui va se développer de manière exponentielle dans les décennies qui viennent.

Là également, nous ne partons pas de rien avec des expérimentations comme Carbon dairy, Life Beef Carbon ou Les fermes bas carbone, les réflexions sont engagées. Nous devons intensifier la mise en place de techniques appropriées et réfléchir à la construction d’indicateurs et de capteurs fiables permettant le déclenchement automatique du paiement des crédits carbone. Le prix du carbone ne justifie pas actuellement la mise en place de tels process mais les prévisions d’évolution de son prix nous invitent à nous en préoccuper rapidement.

De la production d’énergie renouvelable à la mise en place de pratiques à bilan carbone positif, nous avons un rôle à jouer. Les ceps ont été plantés, la vigne commence à pousser.

 

L’agriculture est un pilier de l’économie et de l’harmonie des territoires.

L’agriculture représente un poids économique non négligeable en France avec une production directe de 70 milliards d’euros qui monte à 240 milliards si on y intègre la transformation. Comme le titrait Ouest France du 5 janvier 2018, le CAC 40 commence dans la cour de ferme !

Quelques joyaux de l’économie comme Danone ou Lactalis mais surtout une quantité importante de PME réparties sur le territoire dépendent de la production agricole. C’est donc bien tout un pan de l’économie qui vit grâce à l’agriculture et crée des emplois. Cela mérite que l’on s’y penche, d’autant que dans le même temps, les agriculteurs loin des préoccupations des géants de la Bourse sont souvent dans une situation de précarité inacceptable. L’effondrement de l’agriculture pourrait donner un coup fatal à l’ensemble du pays, fragilisant l’autosuffisance alimentaire, déstabilisant l’équilibre fragile des territoires et agravant un peu plus le déficit de la balance commerciale. Le revenu des agriculteurs doit être consolidé.

Les outils de sécurisation des revenus par des systèmes assurantiels et l’accompagnement des services rendus au territoire, comme peut l’être le stockage du carbone, doivent être mis en place. C’est là aussi par l’innovation et la créativité que nous pourrons y arriver et non par la mise en place de procédures compliquées, souvent plus génératrices de charges et de lourdeur que d’efficacité. Nous devons raisonner les stratégies avec toutes les possibilités offertes par les technologies de l’information et non rajouter une couche informatique sur des procédures administratives inadaptées. Nous avons tout l’arsenal technologique pour imaginer des systèmes automatisés de déclenchement des indemnisations. Il ne reste plus qu’à favoriser la mise en place de nouveaux process et à les tester. Nous devons pour cela faire évoluer nos méthodes et passer en mode agile. L’IoT, la datascience et la blockchain sont des grappes que nous devons aller cueillir, des jeunes pousses comme Weather Measures ou Weenat en font partie mais beaucoup reste à faire.

 

Penser les lois et la nouvelle PAC par le numérique.

Au lendemain des Etats Généraux de l’ALIMentation et à l’aube d’un débat sur une nouvelle politique agricole commune à mettre en place en Europe après 2020, il est essentiel de penser les choses autrement. La créativité doit prendre le pas sur les procédures. Les élus et négociateurs de ce « new age » agricole français, européen et même mondial doivent devenir des vendangeurs de technologies nouvelles pour penser une nouvelle organisation de la vie de la cité. L’avenir de l’humanité en dépend !

Une double équation doit être résolue : assurer l’approvisionnement des populations et réparer la planète. La population toujours croissante est répartie sur la terre en totale inadéquation avec les capacités de production, nous devons en tenir compte. La réparation de la planète est une urgence absolue pour qu’elle reste vivable et retrouve ses équilibres sans avoir à le faire par elle-même en accélérant les soubresauts du climat. L’un ne va pas sans l’autre, l’oublier serait préjudiciable pour l’humanité. Nous devons prendre conscience que les anticipations en la matière coûteront moins cher et feront moins de dégâts que la fuite en avant et le laisser-faire dans lequel nous sommes.

Un cap doit être donné, notre Président le donne c’est indéniable : « make our planet great again » (rendons notre planète à nouveau géniale) est une ambition que l’on ne peut qu’avoir envie de suivre. Ceci pourra se faire par un profond bouleversement de la vie de la cité et de son administration désormais presque obsolète aux vues des possibilités offertes par les technologies de l’information.

S’il m’est permis de faire une suggestion à notre Président, ce serait de donner ce simple cap aux élus et collaborateurs de la vie de la cité : « devenez des vendangeurs d’avenir ! » Devenir un vendangeur, pour un élu, c’est poser un cadre réglementaire capable d’inciter à la créativité plutôt qu’à contraindre. Devenir un vendangeur c’est fixer et se fixer un cap avec obligation de résultats et non de moyens.

 

L’esprit startup du vendangeur d’avenir !

Devenir un vendangeur de technologies, consiste à penser les évolutions en les mettant au centre de la panoplie disponible au service de l’Homme et non comme une couche supplémentaire. Ce n’est pas la technologie qui fait l’évolution mais la façon de l’appréhender.

Paysans et consommateurs, nous sommes la vie de la cité et nous sommes l’entreprise. Nous devons regarder les jeunes pousses par le prisme de la vision radicale et transformationnelle du monde qui est la leur, nous en inspirer, nous dire que c’est possible. Nous devons attirer à nous les talents nécessaires à l’accomplissement de nos ambitions. Notre culture doit être la colonne vertébrale de nos projets. Nous devons toujours chercher à comprendre le pourquoi, dans la réussite comme dans l’échec. Notre ambition doit être forte pour attirer à nous les capitaux nécessaires à la réalisation de nos projets. Ces cinq points sont le secret de la réussite. Rien ne nous est dû, tout nous est promis si nous décidons d’être acteur, de ne pas subir et d’être des vendangeurs d’avenir.

Etre vendangeur d’avenir, c’est accepter une révolution à faire dans nos têtes ; être vendangeur d’avenir, c’est être les changements que nous voulons pour ce monde.

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