Hervé PILLAUD | Comme un p’tit coquelicot…
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Comme un p’tit coquelicot…

Comme un p’tit coquelicot…

Nous allons devoir changer. Tel est le mot d’ordre quasi général des lanceurs d’alerte de la lutte contre les méfaits de l’Homme sur le climat et l’environnement. Changer, mais changer quoi ? On veut du coquelicot dans les champs, du naturel dans l’assiette et de l’authentique dans nos vies ! Alors maintenant, nous faisons quoi ?

On nous assène à longueur de journée et de journaux, des méfaits des mauvaises pratiques agricoles, des risques inconsidérablement pris pour la santé, pour l’environnement. On pare de tous les atours de la vertu certaines pratiques agricoles et on en fustige d’autres avec un simplisme déconcertant. Vanter l’agriculture biologique, la biodynamie, le naturel, suffit en soit pour se dire responsable ; on peut se goinfrer mais il faut que ce soit en bio ! Condamner, rejeter publiquement les autres modèles agricoles, les reléguer au rang d’actes irresponsables est tendance, cela pose un homme dans une conversation sur l’environnement. L’agriculture conventionnelle y est traitée avec dédain, on plaint les agriculteurs qui la pratiquent, victimes plus ou moins conscientes d’organisations professionnelles vendues au grand capital. L’agriculture qualifiée d’industrielle (sans que l’on sache vraiment de quoi il s’agit) n’aurait pour but que la génération de profits opaques quitte à oublier les bienfaits collectifs qu’elle a prodigués à l’humanité tout entière. Les pesticides censés combattre les famines sont devenus des poisons qu’il convient d’éradiquer. Notre acte de production devient un acte irresponsable parfois même coupable.

Est-ce vraiment la production qui est génératrice d’actes de consommation irresponsable ? Et si le vrai problème était ailleurs ? Si la consommation était le vrai vecteur sur lequel nous devions porter nos efforts ? Depuis plus de quarante ans, consommer est devenu le symbole de la notoriété : si tu consommes, tu es ! L’appel incessant à la consommation est devenu le crédo de toute politique, le pouvoir d’achat est l’indicateur premier sur lequel chaque responsable a l’œil rivé. Le keynésianisme, même drapé de rigueur, prône la relance par la consommation, incitant le développement du triptyque infernal : extraire, consommer, jeter. Il est, peu ou prou, le fil conducteur de toutes les politiques depuis 1972. On a beau se vouloir responsable, favoriser la consommation reste le meilleur argument de toute politique et le meilleur appât pour l’électeur avide de bien-être qui n’est souvent qu’un « plus-avoir ». Consommer est devenu la meilleure thérapie d’un peuple en déshérence morale capable de tomber dans la dépression au premier avatar.

Alors, on veut consommer responsable, fustigeant des modes de productions, dont on entend parler mais que l’on ne connaît pas, chimères lointaines responsables de tous les maux. La production se doit d’être le reflet du rêve que l’on se fait de nos vies comme un engagement responsable par délégation. La recherche d’authenticité n’est alors que le révélateur de l’égoïsme ordinaire d’une écologie à consommer. Le coquelicot est de beauté éphémère au cœur des champs de blé, son éclat ne durera que quelques jours mais la prolifération de ses graines innombrables envahira les terres les plus fertiles mettant à mal les récoltes futures. Il ne suffit pas de fustiger les choses, de prôner la frugalité facile au cœur d’un cocon douillet, pour s’assurer d’une vie simplement paisible faute d’être merveilleuse. Pour véritablement s’assurer de l’authenticité de notre choix de vie, posons-nous simplement la question : J’ai, mais suis-je ? … comme un p’tit coquelicot !

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