Hervé PILLAUD | Comme un hymne à la vie !
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Comme un hymne à la vie !

Comme un hymne à la vie !

Les situations historiques ne deviennent véritablement grandes qu’avec le déploiement des forces capables de s’en emparer. C’est le déploiement des forces qui construit l’ouvrage. Dans un monde qui abritera demain 10 milliards d’humains, nourriture, énergie, climat confèrent à l’agriculture une situation historique inédite. C’est une œuvre nouvelle qui est à construire

Les formes de l’ouvrage

Une œuvre est un ouvrage, un opéra anthropique : un travail réalisé par l’homme. L’ouvrage demande du cœur, celui des hommes et des femmes, mobilisés pour construire. Celui que je vous présente ici se bâtit en trois actes : un travail de fond pour esquisser un projet construit jour après jour, une controverse pour challenger l’ouvrage et pour finir une synthèse pour engager l’avenir.

Le travail de fond, la FNSEA (c’est du sien dont il est question) le réalise tout au long de l’année sur les différentes composantes de l’agriculture et Dieu sait si elles sont nombreuses. Six ont été choisies, portées à controverse, débattues, challengées sans concession entre les protagonistes mais avec pragmatisme. La synthèse qui a conclu ces discussions est une promenade au pays vrai, déclinée comme un poème sorti de l’âme d’un paysan des mots.

La scène qui se déroule ici est celle de la vraie vie, celle d’une profession qui se cherche dans un monde qui bouge, celle d’hommes et de femmes perdus dans une suite de séismes tectoniques qui n’en finissent pas de les ébranler.

Six dialogues pour provoquer un choc d’innovation

« Depuis trente ans on demande au budget de l’alimentation qui s’appauvrit de jour en jour de financer tout le reste, et ça ce n’est pas possible » le ton est donné par Serge Papin président de Système U. S’en est suivi un dialogue entre le distributeur et Patrick Benezit chargé par la FNSEA de suivre les États Généraux de l’Alimentation. L’évolution des attentes des consommateurs sera présente en filigrane de ce premier débat mais sera débattue de matière explicite lors du deuxième dialogue.

Magali Sartre directrice développement durable du groupe Bel et Etienne Gagneron producteur de viande en agriculture biologique dans le Cher se sont challengés à leur tour une demi-heure durant. La nécessaire montée en gamme des productions agricoles sera le cœur de leurs échanges. Le consommateur veut donner du sens à son alimentation. Pâturage, naturalité, bien-être animal, sans OGM, bio, importations, déforestation, circuits courts, rémunération des producteurs, etc. préoccupent désormais davantage le consommateur que la couleur du packaging. De la Chine aux Etats-Unis, ce qui est vrai en France, l’est partout dans le monde. Comment pouvons-nous contribuer à cette réassurance ? Parlons-en ! C’est ce qui a été fait par nos deux protagonistes avec pragmatisme mais sans concession.

Une notion de RSE à l’échelle d’un territoire peut commencer à se dessiner. Ce sera un peu le thème du troisième dialogue entre Bernard Chevassus-au-Louis, président de l’ONG Humanité et Biodiversité et Eric Thirouin chargé des dossiers environnement à la FNSEA. Les solutions à l’évolution des pratiques agricoles ne viendront pas des réglementations mais de l’engagement. Se poser des objectifs, les partager, voir comment les mettre en place, s’engager à le faire, le dire, et le valoriser sont désormais des objectifs affichés. Il ne doit pas y avoir d’interdiction sans solution, chacun doit contribuer à les faire émerger. L’innovation collaborative est en marche.

Elle devra l’être également face aux nouveaux défis : comment placer les agriculteurs comme acteurs de la transition énergétique et climatique ? Face au changement climatique, nous n’avons pas le choix, nous ne pouvons pas échapper au problème, deux solutions s’offrent à nous : anticiper en étant proactif ou ne pas anticiper et subir. C’est en ces termes que Christian de Perthuis pose le problème. Ce n’est pas dans l’esprit de la FNSEA de subir, Olivier Dauger nous en a donné les pistes. Le carbone vivant est notre outil de travail, il fait de nous des acteurs majeurs dans le monde de demain. De nouveaux modèles économiques commencent à se construire c’est le cas pour Carbocage, LIFE Carbon Dairy et LIFE BEEF CARBON.

Capter plus de gaz à effet de serre, répondre à de nouveaux défis en matière alimentaire, être plus résiliant, produire plus avec moins, est l’équation de demain. Le moins est celui de l’utilisation des intrants compensé par un plus, celui de l’utilisation des connaissances qui vont pouvoir être mobilisées grâce au numérique. C’est ainsi que Stéphane Marcel PDG de SMAG et Henri Bies-Péré ont posé les technologies du digital comme un fil rouge transversal aux autres thématiques contribuant à relever les défis nouveaux. Un champ du possible nouveau s’ouvre devant nous, un nouveau cadre politique va devoir également être pensé. Un chantier est ouvert qui conduira vers une autre PAC, le temps est aux propositions. C’est ce à quoi se sont essayés Luc Vernet de Farm Europe et Henri Brichart mais il reste encore beaucoup à faire.

Les six dialogues qui se sont succédés ont eu en commun le « parler vrai », la volonté de trouver des solutions, l’envie de changer, mais pas changer pour changer, changer pour préparer une agriculture responsable, viable, durable et porteuse d’avenir.

Produire, connaître, relier : la synthèse du philosophe

Pour achever l’ouvrage, c’est Éric Orsenna qui gagne la scène. À la manière de son cher La Fontaine, il fait danser les mots, compose une symphonie du verbe, véritable hymne à la vie.

L’agriculture est un portait de la vie ; produire, connaître, relier, en sont les contours. Produire, que produire ? Comment produire ? Monter en gamme, grandir, imaginer, prendre conscience, croire en ce que l’on sait, croire en ce que l’on fait. Produire, mais aussi connaître ; connaître le prix, connaître les choses : le foncier, le sol et l’eau, connaître le prix des choses, connaître et comprendre, comprendre que la vie est un tout, connaître, élever, s’élever, connaître le prix et la valeur des choses. Produire, connaître, mais aussi être ensemble, lier, relier, écouter, recueillir, réciter, raconter ; et puis s’ouvrir, écouter, échanger, créer du lien.

Faire danser les mots nous conduit vers le contrat, celui qui responsabilise, la symphonie du verbe nous conduit vers la solution, comme une lumière dessinant l’avenir. Aboutissement du dialogue, recueillant et reliant, le contrat de solution est un hymne à la vie pour réconcilier la société française et son agriculture.

Hervé Pillaud

 

Les vidéos du congrès

 

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